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Comment je vois la résilience ...

Martina Habitant étape 1 • 29 juin 2020

Le psychiatre Boris Cyrulnik qui a popularisé le concept de résilience psychologique en France le définie comme "un processus biologique, psychoaffective, social et culturel qui permet un nouveau développement après un traumatisme psychique". (Résilience, Connaissance de Base sous la direction de Boris Cyrulnik et Gérard Jorland, édition Odile Jacob )

Étymologiquement le mot résilience, vient de l'anglais issu du latin resilire, rebondir, rejaillir. En physique, la résilience est la capacité des matériaux à résister aux chocs ou à retrouver leur forme initiale après avoir été comprimés ou déformés.

Les thérapeutes disent qu'un des traits les plus courants d'une personne résiliente est la capacité de rechercher le côté positif dans une crise et d'avancer avec un sentiment d'espoir pour un avenir meilleur. J'ai beaucoup réfléchi à ce sujet en me demandant quel sont les ingrédients pour être ou devenir résilient face à tous nos bouleversements personnels et collectifs .Pour moi il y a un ingrédient qui m'a toujours aidé à rebondir après des crises personnelles graves, c'est le pardon.

Le pardon est un sujet de réflexion et de recherche en philosophie et en théologie depuis de nombreux siècles. Cependant, l’étude scientifique du pardon en psychologie est très récente. Ce n’est, en effet, que depuis les années quatre-vingt que ce sujet passionne certains chercheurs en sciences psychologiques. Il est cependant étonnant de constater que peu d'entre eux envisagent le pardon comme un des facteurs possibles de la reconstruction de la personne offensée et de la reprise de son développement après un événement destructeur, c'est à-dire dans ce phénomène appelé justement aujourd'hui "résilience".

Je crois que le temps est venu de s’interroger sur le concept de pardon au delà de tout concept religieux. Le psychanalyste, Henry F. Smith écrit  :
« Naturellement, sous une forme ou sous une autre, le pardon peut présenter des avantages pratiques pour la sauvegarde de l’espèce, de même que beaucoup de préceptes religieux. Au cours des dernières années, des expériences sociales et des recherches ont été entreprises dans le monde entier pour étudier le pouvoir de guérison de ce qu’on appelle le pardon. Ainsi, à la suite d’un conflit social violent, souvent génocidaire – parfois tribal – des rituels formels d’expiation et de réparation ont été utilisés dans le but de prévenir d’autres bains de sang et la vengeance. On peut mettre en doute la prétention de ces rituels à constituer des exemples valables de pardon dans le sens religieux du terme (ou même dans le sens psychanalytique), et les voir plutôt comme des efforts pragmatiques permettant à la vie de continuer entre des groupes qui se haïssent mutuellement. »

Il y bien des années quand j'avais 40 ans et  en un plein crise existentielle, j'ai fait la rencontre d'un psychiatre qui m'a raconté cette histoire :

« En tant que jeune soldat américain, j'ai été envoyé avec ma troupe en Europe pour aider à libérer des prisonniers dans un camp de concentration à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Ce fut une expérience horrible de voir les survivants qui étaient décharnés et qui semblaient à moitié morts. Mais j'ai vu au loin un homme qui semblait en bonne santé et vigoureux. J'ai demandé à mon interprète de m'aider à lui parler. Je lui ai demandé depuis combien de temps il était dans le camp car je présumais qu'il n'était arrivé que récemment en raison de sa bonne santé. Il a répondu qu'il était là depuis le début et que la seule raison pour laquelle il a pu rester fort et résilient était le fait qu'il avait pardonné à ses ennemis. Les troupes allemandes avaient tué sa femme et ses enfants devant lui dans son village et à ce moment-là, il s'est rendu compte qu'il avait le choix: se laisser consumer par la haine ou choisir de pardonner ses ennemis. Il a choisi instantanément de pardonner.  Par la suite il trouvé la force physique et morale pour aider ses codétenus. »

 Le psychiatre m'a dit que cette histoire avait changé sa vie d'une manière profonde. Moi aussi j'étais bouleversé en entendant l'histoire. Si une personne qui avait expérimenté une épreuve si dure, alors moi je peut aussi apprendre à pardonner.

Pour moi, à la base de tout crise, c'est la crise relationnelle, la relation avec un être, avec la nature, avec soi-même …

.Pour ceux d'entre nous qui travaillent pour un changement social et environnemental à l'échelle locale, municipale et régionale, c'est le moment où de nombreuses solutions que nous avons promues sont de plus en plus nécessaires. Les conditions pour jeter les bases d'un changement à plus long terme sont peut être favorables à cause ou grâce à la crise actuelle. Pour cela il faut de la résilience bien sur. Mais souvent nos egos et nos côté ombres se heurtent et nous empêchent de travailler ensemble pour le bien de tous. Au delà de tout outil de travail collaboratif à la mode comme la CNV, la gouvernance partagé, l'holocratie, la démocratie direct, la sociocratie et j'en passe, je me demande si cela n'est pas tout simplement le pardon qui nous aidera à devenir résilient et à avancer ensemble.
 
Martina Westover